dimanche 19 novembre 2017 à 14h

Réunion publique organisée par Mouvement Communiste / Kolektivně proti Kapitălu autour de l'ouvrage « Pétrograd Rouge » suivi d'une discussion sur la révolution russe de 1917

Il est paradoxal, au moment du centième anniversaire de la révolution russe de 1917 (février et octobre), qu'il ait fallu attendre 65 ans environ pour que paraisse, en anglais, un ouvrage (publié maintenant, en français, aux éditions Les Nuits rouges, en avril 2017) qui a pour objet principal l'acteur décisif de cette révolution, la classe ouvrière.

Quelle était donc cette classe ouvrière à qui échut le destin de lancer en février l'assaut contre le régime tsariste puis, tout au long de l'année, prendre confiance de plus en plus en elle, de réaliser son unité politique, de se doter d'organes propres, les comités d'usine, de s'affronter aux patrons bien sûr, mais aussi aux gouvernements, d'abord celui du prince Lvov et ensuite celui de Kerenski ?

Dès mars 1917, les ouvriers vont prendre au sérieux les principes démocratiques affichés par la révolution et vouloir les appliquer au moyen de comités rapidement constitués dans toutes les grandes entreprises de Pétrograd. Les premières revendications sont élémentaires : diminution du temps de travail (journée de huit heures), augmentations (souvent uniformes) des salaires, démission forcée des contremaîtres et des directeurs les plus haïs, meilleures conditions de travail, d'hygiène et de sécurité…

Au début, la plupart des comités ne veulent ni gérer, ni même exercer un vrai contrôle sur la direction des entreprises, mais seulement s'opposer à l'ordre capitaliste dans les usines et s'assurer que les employeurs ne vont pas profiter du chaos économique croissant pour fermer leurs usines. Mais, pour cela, ils vont vite être amenés à se plonger dans les livres de comptes et les carnets de commande, à s'enquérir des approvisionnements en matières premières ou en combustible, voire à les assurer eux-mêmes parfois. Cette extension du domaine du contrôle ouvrier sera crédibilisée ensuite par la constitution de milices ouvrières dans quelques grandes usines, lesquelles en relation avec la montée en puissance et en influence des bolchéviques, se transformeront souvent en « gardes rouges ».

Au fil des mois, l'exaspération des ouvriers vis-à-vis des patrons et du gouvernement Kerenski croît à mesure de la généralisation et de la radicalisation de la guerre de classe. Dans cet élan, en unifiant toutes ses composantes, la classe ouvrière se mua en un bloc politique. Après avoir donné l'assaut au ciel, le mouvement de l'« autonomie prolétarienne » en Russie atteint son apogée puis décline pour finalement disparaître à l'orée de la Guerre civile. Mais pouvait-il en être autrement ?

Par son travail patient et méticuleux d'enquête et d'analyse, l'historien S. Smith permet à chacun-e de se forger son opinion sur les événements sans tomber dans les simplifications mensongères d'une classe ouvrière toujours homogène et à l'offensive ainsi que d'un Parti bolchévique conçu tel un monolithe omniscient paré de toutes les vertus ou, symétriquement, de tous les vices.

En refusant l'approche universitaire ou dogmatique (trotskiste, anarchiste ou stalinienne), et en regard du matériel disponible pour apprécier les avancées pratiques des ouvriers en lutte, les communistes n'ont pas d'autres choix que d'appliquer la méthode de Marx en partant de l'analyse des faits concrets pour en tirer la substance politique. Il s'agit en quelque sorte de saisir les contradictions, les enjeux et les questions qui ont traversé cette période révolutionnaire (insurrection armée, indépendance de classe, période de transition, contrôle ouvrier, prise de pouvoir politique, relations entre les partis, les comités, les soviets et les syndicats, centralisation politique, extension ou non du processus révolutionnaire etc.), des questions dont on ne peut faire l'économie car elles resurgiront sans aucun doute sous des formes nouvelles lors du prochain assaut prolétarien.

Source : message reçu le 16 octobre 17h

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