jeudi 23 mars 2017 à 19h

[Jeudi 23/03 - 19h] Brouillards toxiques

Nous avons le plaisir d'accueillir Alexis Zimmer, jeudi 23 mars à partir de 19h. Il présentera Brouillards toxiques, vallée de la Meuse 1930, contre-enquête. Cette étude historique minutieuse des conditions d'apparition et de reconnaissance d'un épisode de pollution atmosphérique nous livre une clef pour une écologie politique : comment faire preuve face aux nuisances industrielles ?

En décembre 1930, un brouillard d'une rare densité recouvrit l'Europe. De l'Angleterre au cœur de l'Europe continentale, les conséquences s'en font sentir : ralentissement des moyens de communication, accidents de la circulation, etc… Rien que d'habituel en somme. Si ce n'est que, non loin de Liège, dans une partie encaissée de la vallée de la Meuse, le brouillard parait, parmi les hommes et les bêtes, avoir mystérieusement semé la mort.

"Des poussières, des gaz, des fumées, des usines, un brouillard, une vallée encaissée, une chute brusque des températures, leur inversion à une certaine hauteur, la vapeur d'eau qui se condense sur des tonnes de suie en suspension, des corps malades, prédisposés - corps « tarés », vies « hypothéquées » - et des morts… tout s'est emmêlé, jusqu'à produire sur les corps et les voies respiratoires - pharynx, larynx, trachées, bronches et alvéoles, cœur et système circulatoire - des altérations qui ont tué. La cause se dilue et, avec cette dilution, les critères d'imputation d'une responsabilité sont insaisissables. Ils se disséminent dans un écheveau de relations mêlant indistinctement des objets, des particules, des machines, des corps fragiles, des pratiques industrielles, des abstractions et des flux météorologiques bien concrets."

"En même temps que l'atmosphère subissait l'une des plus grandes transformations matérielles d'origine anthropique de son histoire, la problématisation et l'objectivation des rapports qu'entretenaient les hommes à cette dernière subissaient une refonte décisive. L'air ou les airs multiples et agissants d'ancien régime laissèrent la place à une atmosphère universelle, un fond indifférencié, relativement homogène, identique en tout lieu et en tout temps. Une atmosphère qui servit de matrice épistémologique à la pollution et à l'appréhension des nuisances du déploiement industriel."

" Il a fallu rendre ces dégâts acceptables, ou du moins inévitables ; il a fallu inventer les moyens d'affaiblir leur contestation, rendre le monde qu'elles façonnaient désirable, inéluctable, ou du moins en propager la conviction. En d'autres mots, il a fallu inventer, renouveler et entretenir les moyens de gouverner une industrialisation contestée. "

Alexis Zimmer est biologiste et philosophe de formation. Il a effectué son doctorat en histoire et épistémologie des sciences à l'université de Strasbourg. Il est actuellement post-doctorant à l'université Paris 7-Diderot et enseigne à la faculté de Sciences politiques de Paris 8-Vincennes-Saint Denis.

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Une approche d'une actualité criante . . .
Cancer au travail complice de l'industrie, Le Monde, 24/02/2017
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